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La santé en situation linguistique minoritaire

TitleLa santé en situation linguistique minoritaire
Year of Publication2009
AuthorsBouchard, L., Gaboury I., Chomienne M-H., Gilbert A., and Dubois L.
JournalHealth Care Policy / Politiques de Santé
Volume4
Pages33 - 40
Abstract

La littérature suggère l'hypothèse d'une santé différentielle des francophones en situation minoritaire au Canada. L'effet de minorité sur la santé perçue a été mesuré à l'aide des Enquêtes sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de 2001 et 2003. Une analyse de régression logistique multivariée séquentielle montre que les francophones minoritaires - hommes et femmes - sont plus enclins à déclarer une moins bonne santé que les anglophones majoritaires. Contrairement aux femmes, cette disparité chez les hommes demeure significative même lorsque nous ajustons pour certains grands déterminants de la santé. L'étude illustre que l'action des déterminants de santé peut être ainsi modulée par le rapport minoritaire/majoritaire. Les inégalités ainsi révélées appellent à une réflexion sur les politiques d'accès linguistique aux soins de santé. Les communautés francophones vivant en situation minoritaire évaluées à 1 million de personnes (4,4 % de la population canadienne) sont dispersées un peu partout au pays. Les plus fortes concentrations sont en Ontario (509 265) et au Nouveau Brunswick (239 400), alors qu'ailleurs, on peut compter de 63 000 francophones (Alberta) à moins de 500 francophones (Nunavut) (Statistique Canada 2002). Ces communautés présentent un profil diversifié: elles sont en général moins jeunes, moins scolarisées et moins nombreuses sur le marché du travail, bien que leur revenu moyen soit cependant similaire à celui des anglophones. Elles sont davantage concentrés dans des régions où l'économie est plus instable rendant ainsi plus difficile le développement et l'accès aux ressources sociales. La communauté anglophone minoritaire n'existe, par définition, qu'au Québec et représente 13,9 % de la population québécoise, soit 1 009 185 de personnes. La refonte de la Loi sur les langues officielles de 1988 a engagé le gouvernement fédéral à appuyer le développement des communautés francophones et anglophones en situation minoritaire au Canada et à promouvoir la pleine reconnaissance et l'usage du français et de l'anglais. La langue revêt une dimension particulière lorsqu'il s'agit de la santé. Une revue de la littérature faite pour Santé Canada décrit les effets négatifs de la barrière linguistique sur l'accès aux services de santé, sur la qualité des soins, sur les droits des patients, sur l'efficacité de la communication patient-médecin, et sur la santé elle-même (Bowen 2001). La barrière linguistique réduirait le recours aux services préventifs et le suivi adéquat des patients particulièrement en ce qui a trait aux services basés sur la communication (santé mentale, réadaptation, services sociaux). En contrepartie elle contribuerait à accro î tre l'utilisation des services d'urgence et le recours à des tests additionnels. Quelques études montrent qu'il y a lieu d'investiguer cette situation. Celle de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA 2001) a révélé qu'entre 50 et 55 % des francophones ont aucunement ou rarement accès à des services de santé en français. Une analyse secondaire de l'ESCC indique que 62 % des francophones âgés de 65 ans et plus de l'Ontario communiquent en anglais avec leur médecin et sont plus insatisfaits de l'accessibilité et de la qualité des services (Bourbonnais et al.). Enfin, selon une étude de Statistique Canada (2006), les francophones (de 16 à 65 ans) minoritaires affichent un niveau d'alphabétisme plus faible que les anglophones, ce qui peut exercer une influence négative sur la santé. Ces quelques observations permettent de soutenir l'hypothèse d'une santé différentielle et d'un rôle plus grand chez les minoritaires de certains déterminants. /// Literature suggests the hypothesis that there is a health differential for minority French-speaking groups in Canada. The effect of minority on perceived health has been measured using the 2001 and 2003 Canadian Community Health Survey (CCHS). The sequential multivariate logistic regression analysis shows that the minority French-speaking groups - men and women - are more likely to declare a poorer health condition than the majority English-speaking groups. Contrary to women, this disparity among men groups remains significant even when adjustments are made according to some of the key health determinants. The study shows that the action of health determinants can be modulated by the minority/majority ratio. The identified disparities remind the need for a reflection on linguistic healthcare access policies.

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